Une
mary-morgane (sirène) habite l'étang du duc, prés
de Vannes ; elle en sort quelquefois
pour tresser au soleil ses cheuveux verts. Un soldat la surprit
un jour sur son rocher, et, attiré par sa beauté,
il s'approcha d'elle ; mais la mary-morgan l'enlaça de
ses bras et l'entraîna au fond de l'étang ; si
vous demandez au peuple ce que c'est que cette fée des
eaux, voici ce qu'il vous racontera :
Une princesse, à qui l'étang au duc appartenait,
avait refusé d'épouser un grand seigneur qui possédait
l'étang de Plaisance.
Cependant, fatiguée par la prière de celui-ci,
elle lui dit un jour :
-Je serai vôtre, quand l'étang de Plaisance coulera
celui au duc.
Croyant bien demander l'impossible ; mais le seigneur fit creuser
un canal qui réunit les deux étangs ; et un jour,
ayant invité la dame à une fête qu'il donnait
à son château de Plaisance, il la conduisit en
bateau par ce canal, jusqu'à l'étang au duc, et
là lui dit : |
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-J'ai rempli votre vouloir, remplissez maintenant votre prommesse,
et devenez mienne.
Mais la princesse, saisie de douleur en voyant ce qu'elle avait
promis, ne voulut point donner son âme et son corps au
seigneur qu'elle n'aimait pas, tandis qu'au contraire elle en
chérissait un autre ; elle se pencha, désepérée,
sur le bord du bateau, et se jeta la tête en avant au
fond du lac, d'où elle ne revint plus. Seulement à
partir de ce jour, il y eu dans l'étang une mary-morgan
belle comme le jour, et l'on pense que c'est la princesse qui
a pris cette forme, et qui se montre, vers les matins d'été,
sur les rochers qui bordent l'eau, peignant ses longs cheveux,
et faisant des couronnes de glaïeuls.
Extrait de "Les Derniers Bretons" d'E.
Souvestre, ed. Charpentier. |